Page 12:
Maxime Rodinson, in his preface, mentions that Henry Lammens’ work suffers from the classical orientalist superiority complex towards the objects of his analysis, namely “islam” and less so for Goldziher or Schacht
Page 8:
Laroui’s definition of ideology:
Reflet décalé de la réalité à cause de l’outillage mental utilisé, système qui masque la réalité parce que celle-ci est impossible ou difficile à analyser, et enfin construction théorique prise dans une autre société, qui n’est pas totalement inscrite dans le réel mais qui est en voie de le devenir ou plus exactement qui est utilisée comme m odèle précisément pour que l’action la réalise.
Definition of etat national:
l’Etat national lutte contre l’exploitation impérialiste mais il ne l’efface pas, l’Etat national lutte de toutes ses forces, par les nationalisations, l’étatisation du commerce extérieur, la suppression des intermédiaires, l’industrialisation, la mécanisation de l’agriculture, l’aménagement des prix internationaux, pour faire cesser ce pillage, mais il est toujours arrêté par le libre jeu de l’offre et de la demande sur le marché mondial.
L’Etat national impose une culture bourgeoise, rationaliste et universalisante à une société qui ne lui a pas donné naissance par un développement interne
Page 17:
C ’est plutôt le fait que chaque fois qu’un écrivain arabe donne de sa société un diagnostic qui en éclaire les défauts et les carences, c’est une certaine image de l’Occident qui s’y trouve impliquée.
Inspired by the figures represented by Mohamed Abduh, Lotfy Sayyid and Salâma Mûsa, the author sketches three modes of contemporary arabic thought:
Le clerc:
Page 19:
L ’homme de religion maintient l’opposition Occident-Orient dans le cadre de l’opposition Christianisme-Islam. Pendant longtemps, victoires et défaites ont alterné. Cette fois-ci, pourtant, la guerre a été rapide et la défaite durable : l’ennemi s’installe et s’organise selon ses propres normes. Le clerc peut néanmoins avoir l’illusion que c’est la vieille confrontation qui continue. D ’ailleurs, pour ces sortes d’accidents, il a une justification prête depuis toujours:
Surat Al-Isra’ (17), verset 16
This position doesn’t need to worry about the Other or analyse him because he’s reduced to an instrument of god and nothing more. However, it is no longer a satisfactory answer from the moment this Other imposes dialogue on his own terms
Page 20 et 21:
Il entend dire : la faiblesse de l’Islam provient du fanatisme et de la superstition. Il reprend ses textes, les lit, les relit et n’y trouve que tolérance et foi raisonnée.
Il entend dire aussi : La force de l’Occident est fondée sur la Raison et la Liberté. Essayant de se faire une idée de cette liberté dans l’histoire, il tombe, et non par hasard, sur des écrivains anticléricaux et il est horrifié d’apprendre que Galilée fut emprisonné, Descartes calomnié, Rousseau persécuté, et que Giordano Bruno périt sur le bûcher parce qu’il osa défendre les droits de la Raison contre la raison d’Etat. Il pense alors à l’Abraham du Coran, héros de l’investigation personnelle, et se dit : Comment les chrétiens osent-ils parler de tolérance après tant de forfaits ? Bien entendu, il ne pense nullement aux persécutions du Calife Mutawakkil contre les mu’tazilites, aux autodafés des Almoravides, il ne voit plus, dans l’histoire de l’Islam, que les traducteurs d’Al Mâmûn penchés sur leurs livres grecs et syriaques, et les manuscrits rares d’Al-Hakam que les barbares espagnols, dit-on, engloutirent après la chute de Cordoue pour en faire des ponts à bon marché
Conclusion du clerc: “La cause de notre faiblesse ? Mais c’est notre infidélité à l’égard du Message divin.” Le clerc sépare alors le dogme de la vie, le premier est sauvé pur et sans tache, tandis que l’histoire réelle n’est plus que la succession des avatars d’une Révélation trahie. Autrefois, Dieu fatigué d’être bafoué par son peuple élu se réfugia chez les Arabes mais plus tard la Raison traquée par le despotisme, l’obscurantisme, se retira dépitée chez les Chrétiens et leur communiqua, malgré leur propre religion, gloire, puissance et richesse. L’Anddousie n’est plus une terre comme les autres, conquise et perdue, elle devient le symbole de la Raison qui, mal-aimée et trop souvent délaissée, nous a, à son tour, abandonnés.
Le politicien
Page 24:
Le politicien qui a pris la place du clerc sur le devant de la scène pense : notre décadence eut sûrement pour cause ultime un esclavage séculaire. Du coup vont reprendre force tous les jugements classiques qu’il avait autrefois lus et non assimiliés : que l’esclave ne peut ni bien travailler ni bien se battre, que l’agriculture, le commerce, la science et la philosophie ne peuvent jamais s’épanouir dans la servitude. Après bien d’autres, il réfléchira sur les mésaventures d’Athènes et de Rome et il se laissera convaincre que la chute des Empires est toujours la victoire de la liberté sur l’esclavage.
On dira : tant que l’Islam fut arabe il fut libre, tolérant et victorieux ; devenu turc, il changea de nature et déchut. L’Islam turc fut vainqueur tant que l’Europe elle-même fut asservie et fataliste, mais dès qu’elle se libéra au temps de la Réforme, elle vainquit partout.
Puisque le mal est diagnostiqué, le remède est trouvé. Le régime turc était le pouvoir d’un seul, il faudra donc élire une Assemblée ; le régime turc réglementait toutes les activités, il faudra alors donner libre cours à l’initiative privée ; le régime turc s’accommodait de l’ignorance, il faudra donc sacrifier tout pour propager l’instruction.
Et ce juriste-politicien va se mettre à l’œuvre dans une débauche d’arguties et de subtilités. Le Prophète se trompe une fois au sujet de la technique de la pollinisation des palmiers-dattiers et le reconnaît franchement. On en tire la conclusion abusive que le dogme islamique n’impose pas une stricte organisation des pouvoirs publics et qu’il peut, par conséquent, s’accommoder de n’importe quel régime choisi par les musulmans.
L’Ijmâa (consensus) juridique devient une véritable charte démocratique, corroborée par la procédure que choisit le Calife Omar pour désigner son successeur.
Le dogme est ainsi sauvé une seconde fois, puisque toute l’organisation classique despotique est décrétée non musulmane, et du même coup l’avenir est dévoilé : organisons une démocratie représentative et la puissance nous reviendra de nouveau.
Cette vision libérale, qui comporte en elle diagnostic et thérapeutique à la fois, se trouve encore dans tous les pays arabes ; dans certains comme l’Egypte, discréditée par ses échecs, elle ose à peine se faire entendre de temps en temps dans l’université ou au parlement, dans d’autres, comme le Maroc, elle a encore assez de confiance en elle-même pour se présenter à visage découvert.
La liberté, se demande le politicien, nous l’avons bien, mais la puissance ? Et comme il croit que cette puissance lui est due, il se retourne sur et contre le peuple. Pour la première fois, avec le recul nécessaire, il le voit vraiment, tel qu’il est : ignorant, crasseux, assoupi.
## Le Technophile
L’Occident, dira-t-il, ne se définit ni par une religion sans superstitions, ni par un Etat sans despotisme, mais simplement par une force matérielle, acquise par le travail et la science
appliquée. Il rira désormais des idées que se sont faites de l’Occident clerc et politicien. Dans le grand amphithéâtre de l’université du Caire, Salâma Mûsa posera en 1930 à la jeunesse égyptienne la question suivante : « Les Occidentaux ont-ils la même religion? la même origine raciale? les mêmes institutions ? > Et il répond : « Depuis un quart de siècle une vérité s’est révélée à moi, une seule et qui est celle-ci : la différence qui nous sépare des Européens civilisés est l’industrie et l’industrie seule u. > Le technophile citera souvent l’exemple du Japon : existe-t-il une religion plus étrangère au monothéisme raisonné, une histoire plus sanglante, un peuple plus asservi que ce que nous trouvons dans ce Japon des Samouraï ? Pourtant en peu de temps, il vainquit blancs et jaunes simplement parce qu’il alla droit au secret de l’Occident. Faisons comme lui, ne perdons plus notre temps en discussions théologiques
La critique de l’histoire islamique qu’avait amorcée timidement le politicien libéral est maintenant totalement écartée. Le technophile ne sent nul besoin d’interpréter le dogm e ou de le détourner de son sens traditionnel, il l’ignore tout simplement, puisqu’il ne détermine en fait ni force ni faiblesse. En mettant la tradition hors de discussion, il contribue à la sauver une dernière fois.
A l’argument de la génération précédente, le technophile répondra : « N’est-ce pas sous Cromwell que l’Angleterre jeta les bases de son hégémonie maritim e? N’est-ce pas sous les deux Napoléons que la France devint une puissance industrielle ? Le despotisme n’empêche rien, peut-être même est-il une condition de l’avancement des peuples. »
Page 30 et 31: The author states that Jamal ad-Din al-Afghani is a precursor to all three (Abduh, Sayyid, Musa) and predicted the fate of the orient, but was misunderstood until defeat forced the arab world into modernity, with the three archetypes the first to understand parts of al-Afghani’s thought and try to develop it
Page 34: Author states that the clerc is using a self-ascribed definition of the West that is outdated, rendering his analysis and criticism null. The main actor in Western society is bourgeois capitalist, and does not have the same occupations and considerations as a clerc. When our clerc finds himself in a polemical sequence with a western clerc, who represents an outdated conception of the west, the essence of west remains completely untouched and unconcerned by their discussion. Laroui seems to ‘imply’ (but later denies it) the west of consciously giving the wrong diagnostic to the orient, mentioning that it was Renan’s own definition of the west and recounts the story of Muhammad Abduh visiting H. Spencer in 1903 where he said: “Les Anglais dégénèrent [..] Dans le domaine de la vertu et de la morale et cela, à cause des idées matérialistes constamment en progrès, qui ont déjà corrom pu les Latins, qui nous gagnent maintenant et gagneront par la suite tous les peuples de l’Europe”
Page 35 et 36: ”La pensee Liberale” also suffers from the same out of phase phenomenon. Author states that Lotfy Sayyid does not recognise the existing duality/plurality of western liberalism, and that Lotfy Sayyid didn’t have John Locke, Montesquieu or John Stuart Mill as references but [verbatim]: “mais bien chez des hommes dont la pensée avait perdu, dans le climat raréfié de la fin du siècle, tout germe vivifiant” Author also (rather too quickly) applies the same logic to the technician, where he states Saint-Simon’s industrialism and “english economists” as the missing references in our technician’s thought, who instead relies on H.G. Wells or Bernard Shaw (qui sont des vulgarisateurs pragmatiques, he says) according to a Salama Musa citation from Comment se cultiver (en arabe), p. 251.
Page 39: La conscience de notre clerc est religieuse quand il analyse sa société, mais elle devient libérale quand il critique l’O ccident ; il sait bien que les droits de la femme sont sacrifiés dans l’Islam, au moins dans la pratique. Mais comment résistera-t-il au plaisir de se servir du rapport Villermé et d’autres écrits accusateurs sur l’exploitation du travail féminin ? Et que de fois n’avons-nous pas vu un politicien arabe, cynique et désabusé chez lui, se convertir instantanément en apôtre socialiste pour dénoncer l’exploitation des ouvriers européens par les trusts internationaux?
Morocco
Page 43: Allal el-Fassi being Morocco’s Muhammad Abduh with more knowledge of the west Allal’s thought consists of denying some historical determinisms. L’Occident positif, le travail, la liberté ne découlent pas du Christianisme qui, en histoire, fut toujours synonyme d’oppression et d’exploitation. De même, la décadence, la servitude, la passivité ne viennent pas de l’Islam, mais d’éléments qui lui sont étrangers. Il appréhende sa société à travers une conscience religieuse et critique l’Ociddent à partir d’une conscience libérale. Il dénie pour lui un déterminisme qu’il affirme pour l’Autre et soutient une permanence islamique anhistorique qu’il refuse au Christianisme occidental. About the progressive western left, Allal says:
“Nous nous en séparons lorsqu’elle considère sa lutte contre le clergé comme une règle évidente applicable à toutes les sociétés, même à celles qui n’ont pas connu l’Eglise et ses méfaits… Et si nous comprenons fort bien les positions de la gauche occidentale dans ses conditions historiques, en revanche nous ne comprenons pas du tout comment nous pouvons prendre à notre compte une bataille qui n’est pas la nôtre et combattre ce qui n’existe pas…” - from “Nos points de rencontre avec la droite et la gauche occidentales”
Page 61: L ’O ccident opposé à nous est l’Occident opaque, confiant dans ses parcs, ses routes, ses canons et qui croit pouvoir se passer de l’acquiescement de l’homme. Mais l’Occident critique qui, sans renoncer à ce cadre embelli et confortable, rappelle à tous l’espoir, autrefois exprimé dans des légendes éparses, d’un homme uni et réconcilié et qui, au-delà de nous et de lui-même, s’adresse au futur, celui-là doit être entendu, si nous voulons dépasser les sons inarticulés d’une fureur impuissante. Author cites Franz Fanon:
F. Fanon, le champion le plus radical et le plus éloquent de l’authenticité négative, était obligé lui aussi de conclure dans ce sens en parlant “*des thèses quelquefois prodigieuses soutenues par l’Europe”
- Les damnés de la terre, p. 242* >
Page 63: A l’intellectuel occidental, disons que sa logique meurtrière se soucie bien peu de notre salut. Libre à certains peuples, plus profondément blessés, de se laisser abuser par cet appel féroce et trompeur. Trompeur car qui ignore que la révolte contre la Raison est née en Occident, que c’est le positivisme triomphant qui donna naissance à la psychanalyse et à l’ethnologie, et que cette dépréciation de la Raison fut par la suite utilisée, et de quelle façon! contre les peuples de la nature. L’aristotélisme est une partie d e notre héritage culturel et si sa logique, autrefois étudiée par des milliers d’étudiants à l’om bre des mosquées, est aujourd’hui rénovée et enrichie, ce n’est pas une raison suffisante pour que nous ne la reconnaissions plus.
About the idea that one should take everything or leave everything (from the west), author writes: Et à notre frère, irrité par le vide d’un Moi disloqué, qui reprendra sans critique cette politique du tout ou rien, il faudra lui rappeler des faits oubliés. S’il refuse aujourd’hui l’Occident au nom d’une intransigeante fidélité, c’est parce que son Moi perdu a également perdu le souvenir de son passé. Dans ses terres de soleil et d’oliviers il fut maintes et maintes fois déplacé. Que de villes détruites, de puits empoisonnés, de vaisseaux brûlés, pour qu’il se reconnaisse dans un M oi qui lui fut d’abord opaque et pesant! Aujourd’hui, il est fier d’une langue qu’il a pendant des siècles estropiée, d’un message qu’il a travesti et d’une pensée qu’il essaya, bien des fois, d’étouffer par les flammes. Hier, il combattait le D ieu du désert qu’il invoque aujourd’hui, il refusait l’hellénisme dont il se fait maintenant un honneur d’avoir sauvegardé les chefs-d’œuvre
Page 66: About Morocco, author writes: Aucune idéologie n’a chez nous une coloration historique autonome; elle prend, dans le vaste champ des idées, ce qui lui sert à l’instant, d’où cette instabilité, ce changement constant de perspective historique qui choquent tout lecteur qui a déjà orienté l’histoire d’une certaine manière.
Page 68: Dans l’idéologie arabe contemporaine, aucune forme de conscience n’est authentique : chez le clerc pas plus que chez le technophile; il reflète une image différente du contact avec l’Occident mais le centre de sa pensée n’est pas plus à lui que celui du technophile ne lui appartient en propre.
Page 73: Dans l’idéologie arabe contemporaine, aucune forme de conscience n’est authentique : chez le clerc pas plus que chez le technophile; il reflète une image différente du contact avec l’Occident mais le centre de sa pensée n’est pas plus à lui que celui du technophile ne lui appartient en propre.
Page 100:
Laroui says “ils écartent un hadith au nom d’un autre et ainsi, simultanément ou alternativement, ils acceptent une partie de la tradition pour pouvoir en récuser une autre”
Rodinson Correctly criticizes this in the preface (page XII) by pointing out Schacht hyperscepticism and rejection of almost the entire body of hadith